la guerre des classes

« Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner »

Savez-vous qui a fait cette déclaration ? Je vous mets sur la piste si je vous dit Buffett... Mais Buffet avec deux « f » et deux « t », Warren Buffet. C’est ce qu’à découvert François Ruffin, l’auteur du livre la guerre des classes paru en 2008 aux éditions Fayard en saisissant dans un moteur de recherche Internet les occurrences reliant le nom de Marie-George Buffet et « lutte des classes ». Oh surprise, Marie-George Buffet n’a pas utilisé une seule fois le mot « classe » lors de la campagne présidentielle de 2007.

Une manière comme une autre de souligner que la lutte des classes est complètement sorti du schéma de pensée des socialistes, ce courant de pensée étant abordé ici au sens large...

Et pourtant, et pourtant, les trois plus grosses fortunes du monde dépassent le PIB des 48 pays en développement les plus pauvres. 1,3 milliard de personne subsistent avec moins de 1 dollar par jour..
Lors d’une émission télévisée lors de la campagne présidentielle de 2007, quand une déléguée CGT demande à la candidate Royal ce qu’elle compte faire contre les délocalisations.. elle s’entend répondre tout un charabia sur le dialogue social, la modernité etc... Par contre le patron d’une PME a lui droit a une proposition de mesures concrètes sur le soutien via des emploies aidés etc...

Et pourtant, en France, 9,3% du PIB ont glissé, en vingt ans, du Travail vers le Capital, soit entre « 150 et 170 milliards d’euros ».
Qu’ils soient socialistes ou pas, tous appellent à la croissance, attendue comme la pluie au Sahel.. Voilà le combat des socialistes : soutenir les entreprises, pour faire repartir la croissance.. On est tout de même bien loin de Jaurès et de Blum, non ?

Voic une nouvelle citation : « il est un mythe savamment entretenu par les économistes libéraux selon lequel la croissance réduit l’inégalité. Cet argument permettant de reporter à plus tard tout volonté redistributive est une escroquerie intellectuelle sans fondement. » Voyons qui a bien pu déclarer cette phrase iconoclaste ? José Bové ? Olivier Besancenot ? Et non c’est Jacques Attali en 1973, du temps, où il n’était pas encore un chantre du libéralisme travaillant notamment pour Sarkozy.

Revenons donc aux années 70, en ces temps là les choses semblaient plus simple. Georges Marchais (du Partie Communiste) énonçait : c’est le temps du « combat des classes » dans son introduction au Programme Commun.

François Mittérand n’était pas non plus à l’époque en retard d’un prêche marxisant : Il s’attaquait au « patronat de droit divin » et défendait « l’OS dominé, opprimé, poussé à la révolte ». Il a même dit à l’époque : « c’est une lutte des classes entre ce petit groupe de privilégiés et la masse des salariés ».

Qu’importe l’insincérité des personnages, ce qui compte, c’est que ces mots représentaient les mots de la gauche, des socialistes de l’époque...

Au second tour des élections présidentielles de 1981, François Mittérand obtenait 74% des voix des ouvriers. Puis tout cela a très vite tourné au vinaigre, à l’exercice du pouvoir dans les années 80, les choses sont devenues plus complexes... En 1983 notamment, où s’est opéré un véritable demi-tour à droite. « Il faut être cruel », dit alors le premier ministre Pierre Mauroy. Mittérand change alors de rôle et de doctrine : « la lutte des classes n’est pas pour moi un objectif » jure-t-il alors... Il endosse l’habit du « rassembleur » afin que ce réalise une « paix des classes ».

Et pourtant, en 1983, le chômage allait croître de 25% en un an.
Par la suite, cela a été de renoncement en renoncement, les socialistes se sont appliqués à moderniser, à réformer sous la dictée des intellectuels dit de gauches qui appelaient le partie socialiste à abandonner la lutte des classes et à s’ouvir à l’économie de marché..

Pourtant, comme le note Henri Emmanuelli « le jour où nous avons décidé d’ouvrir les frontières et de ne pas sortir du Serpent Monétaire Européen, nous avons choisi l’économie de marché ». Ce choix n’est pas nouveau, il date de 1983.. Pourtant à lire les éditos de Laurent Joffrin et consorts, le partie socialiste ne semble jamais avoir renoncé assez à ses anciens idéaux.

Ainsi en 1905, le partie socialiste se définissait en « un parti de lutte des classes et de révolution [...] qui a pour but de transformer la société capitaliste en une société collectiviste ». En 1997, la gauche plurielle de Lionel Jospin entamait un programme de privatisation : Aérospatial, France Telecom, Thomson.. des entreprises pour la plupart bradés aux capitalistes nationaux.. En trois ans, la gauche plurielle a réalisé un programme de privatisation plus important que n’importe quel autre gouvernement français.. Le collectiviste semblait donc en effet bien loin !

Mais le partie socialiste n’a pas été le seul à renoncer aux valeurs du socialisme.. J’ai évoqué précédemment le partie communisme qui semble lui aussi avoir renoncé à analyser la société sous l’angle de la lutte des classes alors que les inégalités explosent...

En matière de syndicat, les années 80 ont également été une période de revirement surprenante.. La CFDT s’est modernisé au point d’exploser en 1995 en défendant un programme de retraite minable qui reviendra par la suite saucissonné..

Certes Lutte ouvrière et feu la LCR oppose toujours le Capital au Travail.. Mais leurs propos sont ringardisés par les médias.. Leur porte-parole respectif respectif répondent par contre toujours présent pour se laisser moquer dans les médias dominants... Le plus pathétique dans cet exercice étant bien sûr Olivier Besancenot, qui se plie aux pitreries médiatiques en se rendant notamment sur des talk show minables.. Cette soudaine explosion médiatique de Besancenot n’est pas sans rappeler d’ailleurs celle de Le Pen en 1984.. Les idées et les personnages n’ayant bien sûr rien en commun, mais l’influence du pouvoir en place sur les médias rapprochent ces deux personnages politiques. On ne peut en effet difficilement s’empêcher de penser que le chiffon rouge agité par Besancenot est, pour la droite, censé repoussé définitivement le partie socialiste vers le centre où a priori il n’a rien à y faire..

Nous sommes en 2009, la crise économique bat son plein.. Que propose les socialistes ? Une relance par la consommation, formidablement révolutionnaire ! Les socialistes appellent à une politique keynesienne..
Et pourtant, le bilan est sans appel.. suppression d’emplois partout et profits des capitalistes partout : « Les entreprises du CAC 40 ont versé 54,2 milliards d’euros en 2008, contre 57,2 milliards d’euros en 2007 ».. malgré la crise, les capitalistes se goinfrent et les précaires et employés se serrent la ceinture.. Le problème va bien au delà des golden parachute ou autre bonus : le partage de la richesse nationale est de plus en plus inégalitaire et il faudrait l’admettre, à entendre notre président et à entendre les socialistes ?

Et bien non, stop, on s’arrête, on commence à réfléchir il n’y a absolument aucune logique à ce que 80% des richesses soient détenus par 20% de la population. Il n’a absolument aucune logique que les trois plus grosses fortunes du monde dépassent le PIB des 48 pays en développement les plus pauvres...

Source : François Ruffin, "la guerre des classes" paru en 2008 aux éditions Fayard


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