la crise financière

La tentation est assez grande pour un anti-capitaliste de balayer d’un revers de la main toute réflexion sur la crise actuelle, en se disant qu’après tout, ils l’ont bien méritée, tant pis pour leur profit etc..

L’objet de cette chronique est au contraire de profiter de ce moment de remise en question pour analyser, critiquer et remettre en question les bases de ce système.

I. Introduction

La crise financière est tout d’abord une crise des marchés financiers. Ces marchés financiers sont la base du financement de l’économie capitaliste.

Il est dans un premier temps important de distinguer l’économie de marché et le capitalisme. En effet, ces deux termes ne sont pas identiques, on peut avoir une économie de marché entre producteurs indépendants. Le capitalisme, lui, est associé au salariat et à une logique d’accumulation du capital.

Notons ici une première contradiction, les plus libéraux des capitalistes favorisent une économie de concentration du capital qui elle même sous-tend un salariat important (90% de la population active).

Économie de marché et capitalisme sont souvent associés, le premier terme a d’ailleurs tendance à devenir un euphémisme du second, on le retrouve ainsi au coeur du traité constitutionnel européen. Mais pourtant l’inspiration européenne est avant tout capitaliste, l’économie de marché n’est qu’un moyen de réaliser cette concentration de capital privé dans les domaines de l’énergie, des telecom...

Ainsi l’économie de marché a évolué au cours du temps, en fonction des besoins du capitalisme, lui même aligné sur les besoins de la technique. Prenons un exemple inspiré des réflexions de Jacques Ellul ; Pasteur pour travailler sur son premier vaccin ne s’est servi que de pipettes.. Désormais les progrès de la science technicienne se font à grand renfort d’ordinateurs, de salariés.. La complexité des techniques nécessite donc désormais une concentration de capital afin de financer ses progrès... Ce financement autrefois familial est désormais mondialisé, globalisé car les sommes nécessaires pour la production technique sont de plus en plus élevées.

Cette globalisation de la finance, indispensable à l’économie de croissance capitaliste repose sur des marchés qui fonctionnent sur la spéculation. Cette spéculation mène à des crises...

Le grand problème, c’est que cette concentration de capital éloigne petit à petit du pouvoir le citoyen moderne. Circulez, il n’y a rien à voir, nous dit-on ! Enfin c’est une autre manière de dire : obéissez, consommez ! Le pouvoir a basculé de la personne physique en la personne morale, c’est à dire les grandes entreprises.

II. Économie de marché vs régulation

L’économie est une discipline qui observe les différentes organisations de production et d’échanges des sociétés. L’économie sert surtout à légitimer les rapports sociaux entre dominants et dominés. La pensée économique se divise aujourd’hui entre deux tendances les libéraux d’un coté, les keynesiens de l’autre. Les premiers défendent l’économie de l’offre, les seconds l’économie de la demande. Dans le premier cas, on relance l’économie en aidant les entreprises, dans le second on soutient la consommation des ménages...

- 1.Les libéraux

Les libéraux défendent une idée simpliste selon laquelle l’économie de marché peut s’auto-réguler. C’est à dire qu’il n’est pas nécessaire que l’état intervienne et fixe des règles. Pour les libéraux, l’état intervient en tant que gendarme (quand des salariés occupent par exemple leur entreprise) et également en dernier ressort (quand les risques de banqueroute générale menacent l’économie), du moins c’est ce qu’affirme Laurence Parisot. Pour les libéraux, l’état peut également distribuer des subventions, faire des guerres, en un mot aider à la création de marchés juteux sur lesquels les capitalistes vont pouvoir faire fructifier leurs biens...

Bien sûr l’auto-régulation est une mascarade que l’on peut vérifier à chaque crise du système. Depuis les années 80, les États-unis et l’Angleterre se sont illustrés en mettant en oeuvre de telles politiques. Le résultat est bien sûr révoltant, la fortune de quelques-uns n’est rendue possible que par la misère du plus grand nombre. Un exemple : en matière de maladie, un américain dépense en moyenne plus qu’un français. Mais les américains sont, en moyenne, en moins bonne santé que les français.

Autre remarque sur les libéraux, ils souhaitent que tout échange passe par un marché, mais pour la plupart des marchés de biens et services, il n’y a aujourd’hui justement plus de marchés, du fait des politiques hégémoniques des grosses firmes (exemple Microsoft). Pour les marchés financiers, la crise actuelle illustre leur faillite..

- 2.Les keynesiens

Les keynesiens, eux, sont pour un certain interventionnisme des états. L’état reste bien sûr gendarme, mais il met aussi en place des politiques économiques liés à la conjoncture présente. Cette forme de pensée économique est née après la crise de 1929. Ces défenseurs ressurgissent donc dès qu’une crise menace. On la retrouve aujourd’hui notamment parmi les alter-mondialistes... Ces politiques interventionnistes ont connu leur âge d’or en Europe durant la période dite des trente glorieuses, c’est à dire la période succédant à la seconde guerre mondiale. Par la suite, la poursuite de cette politique a mené les états à creuser leur dette publique en pratiquant une politique de déficit budgétaire pour tenter à nouveau de relancer leur économie...

Cette politique se situe donc à nouveau dans une logique d’économie de croissance. Elle s’avère de plus adaptée aux économies en développement (référence aux trente glorieuses) ou en crise.. Tiens tiens, on retrouve ici une idée qui tourne en boucle ces jours ci, quand l’économie est en crise, l’état se doit d’intervenir (en dernier ressort). Privatisation des profits, socialisation des pertes.. Quand tout va bien, on privatise, c’est à dire on brade les entreprises aux privés.. Quand ça va mal, on nationalise...

Même si l’intervention de l’état en tant qu’agent économique peut varier selon les approches, dans tous les cas, l’état va s’endetter afin d’injecter des liquidités le plus souvent directement dans les poches des capitalistes. Et pour se faire, les états empruntent...

C’est à ce moment qu’il faut se poser la question, mais pourquoi un état emprute-t-il alors qu’il pourrait lui même créer cet argent ? Les banques en effet peuvent bien prêter de l’argent qu’elles n’ont pas. Cette économie de dette a pour conséquence une obligation de croissance (en France 60% du budget est consacré au remboursement de la dette). Et qu’est-ce que la croissance ? C’est une vision comptable de l’économie. On parle ici en fait de la croissance d’un agrégat qui s’appelle le PIB (Produit Intérieur Brut). Cet agrégat, le PIB représente une manière de comptabiliser la richesse d’un pays. Mais le PIB ne prend pas en considération la nature des recettes. Ainsi, par exemple, l’explosion du nombre de cancers est une bonne chose pour la croissance car elle soutient fortement l’industrie de la santé. Bref, c’est totalement débile, mais c’est en son nom que l’on va droit dans le mur ! Dans tous les cas, la question que l’on doit se poser est pourquoi cet économie de croissance est-elle devenue quasi indispensable ?

III. Sortir de Crise ou sortir de l’économie ?

Comment sortir de la crise ? Sarkozy dit qu’il souhaite revenir au capitalisme à papa, c’est à dire un capitalisme entrepreneurial, qui serait plus moral. C’est tout de même une bonne farce quant on sait les liens qu’il a avec le monde de la finance... En résumé, il adopte un discours pseudo-keynesien à Toulon mais fait de toute façon le contraire à l’Élysée... Mais c’est surtout contraire à toutes les politiques qu’il a menées dans les précédents gouvernements, c’est à dire une politique qui offre aux capitalistes la plupart des secteurs qui n’étaient pas encore capitalisés. Que ce soit pour EDF, GDF, La Poste, l’idée est que tout passe au privé et ainsi de créer des multinationales européennes. C’est le grand jeu de l’Europe : EDF deviendra l’entreprise du nucléaire en Europe, une autre entreprise sera celle de l’électricité solaire, HSBC sera la banque européenne, BNP-Parisbas etc.. Bref, on éclate les monopoles publics nationaux pour qu’à la fin subsiste deux-trois monopoles privés qui pourront ainsi imposer leurs prix et leur flexibilité aux gentils consommateurs..

Ce modèle est inique mais connu. Il s’illustre par exemple dans le domaine des logiciels par une entreprise telle que Microsoft, qui cloisonne le marché, ne respecte pas les décisions de justice et impose ses normes et ses prix...

Bref, en résumé, cette moralisation du capitalisme est un coup de bluff, dès la crise passée, ils recommenceront.. D’ailleurs rien n’a été arrêté, la poste sera privatisée, EDF et la SNCF aussi...

On essaie de nous faire croire qu’il y aurait un bon et un mauvais capitalisme, une économie réelle et une économie financière... Non, c’est la même chose ! Ce qui se passe aujourd’hui est particulièrement révoltant, on propose en plus de nationaliser ici des entreprises pour les renflouer avec l’argent du contribuable, là de racheter des créances douteuses.

La nationalisation est dans ce contexte tout à fait scandaleuse, car une fois la santé économique retrouvée, les entreprises seront de nouveau bradées aux capitalistes ! Rappelez vous les Renault, Crédit Lyonnais, toutes ces entreprises que l’état a déjà nationalisées pour les re-privatiser ensuite...

Le plan Paulson est lui aussi particulièrement révoltant, il ne s’agit pas là uniquement de nationalisation, mais aussi de racheter les créances malsaines des banques, créances acquises, il faut le rappeler sur le formidable marché financier auto-régulé sur lequel se fondent les théories libérales. C’est bien sûr parfaitement immoral !!

Comme je l’ai expliqué auparavant, l’économie américaine a pendant des années saigné ce brave citoyen américain, au nom du libéralisme. Maintenant, que ce dogme se prend de nouveau la réalité en pleine face, ce brave contribuable américain, licencié sur l’autel du capitalisme moderne, se retrouvant en défaut de paiement pour les crédits de son logement est donc censé sauver les bonnes entreprises capitalistes, qui l’ont pendant des années précarisé. Ce brave contribuable sera-t-il assez couillon pour accepter ce jeu de dupe sachant qu’il a perdu son logement, son travail et peut-être aussi même sa retraite ?

Petit aparté en effet sur la retraite par capitalisation qu’on nous a tant vantée ! (pour sauver notre soit disant modèle obsolète de retraite par répartition). C’est une ruine assurée pour les petits épargnants, à la première crise, c’est la banqueroute !! Les salariés d’Enron l’ont désormais compris, ceux des banques américaines aussi, à qui le tour maintenant ?

La meilleur sortie possible de la crise ne serait-elle pas plutôt une sortie de l’économie ? Combien faudra-t-il encore de guerres, de morts dans le monde pour qu’on accepte tous ensemble de sortir de cette économie ? On nous présente souvent l’éveil de l’Inde ou de la Chine comme une justification de la croissance. Mais c’est s’arrêter bien vite dans la réflexion. Là-bas aussi, la fortune de quelques entreprises se fait sur l’exploitation des salariés, qui revivent les même situations qu’on a vécues ici en Europe : pollution, salariat forcé, flexiblité, misère..

Ou cela nous a-t-il mené ? A une croissance basée sur une consommation de prozac ou autre anti-dépresseur, à une croissance basée sur la maladie professionnelle (amiante)...

IV. Conclusion

Bref, tout ceux qui n’ont presque rien à perdre dans la crise actuelle devraient s’intéresser de plus près à la situation pour essayer d’en tirer avantage. S’ils n’ont rien à perdre, c’est qu’ils appartiennent au 80% des individus dominés du système.

Les alternatives existent, ou elles sont encore à créer. Elles sont basées sur l’autonomie, l’auto-production, le don, la solidarité.. Il faut multiplier les poches à l’extérieur du système, c’est à dire extérieur au dollar à l’euro..

Pour la création de ces poches, il n’y a bien sûr aucun scrupule à avoir : vol, RMI.., On peut bien reprendre une partie de tout ce que l’on nous a volé..

Il n’y aura pas de grand soir qui mènera à des jours meilleurs. Ni de crise purificatrice du capitalisme, qui telle qu’une cure de jouvence le ramènerait à une économie moralisée. Le système est basé sur un mensonge, alors qu’attendons nous pour le quitter ?

V. Sources et pour aller plus loin...

1.Internet

- Manuel d’anti-économie
- L’Argent Dette de Paul Grignon (Money as Debt FR)
- article Nicholas Georgescu-Roegen et plus sur

2.Livres

- Le système technicien de jacques Ellul
- Nicholas Georgescu-Roegen


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