antiterrorisme

L’antiterrorisme n’a rien à voir avec le terrorisme. L’appellation de terroriste sert avant tout à créer des barbares, des peurs afin de purger une société de toute intention de révolte. On construit des sujets terroristes à partir de vies bien réelles, avec leurs particularités, leurs habitudes, leurs liens. C’est ainsi que la police construit une « mouvance », un « réseau » : anarcho-autonome par exemple. C’est inépuisable, les enquêtes n’ont plus de fin, elles sont extensibles à volonté. Tarnac n’est qu’un moment parmi d’autres de ce mode de gouvernement, qui a pris en France, au cour de l’année 2008 une dimension inédite. Faisons aujourd’hui un retour sur quelques-unes de ces affaires dont tous les inculpés réfutent catégoriquement la version policière.

19 janvier 2008, trois personnes sont arrêtées en possession de fumigènes, de crève-pneus et de pétards alors qu’ils se rendent à la manifestation contre les centres de rétention de sans-papiers à Paris. Deux d’entre eux, Yvan et Bruno, sont placés en détention provisoire. L’enquête passe sous régime antiterroriste peu après. Après des mois de prison, ils sont libérés sous contrôle judiciaire.

23 janvier 2008, Isa et Farid sont arrêtés en possession de chlorate de soude et de plans d’une prison pour mineurs. Ils sont placés en détention provisoire pour « participation présumée à une association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme ». Farid sera libéré sous contrôle judiciaire le 26 mai contre l’avis du par quet antiterroriste et de l’instruction. Isa est en détention depuis bientôt un an.

20 juin 2008, le frère d’Isa, Juan, est arrêté sous procédure antiterroriste et incarcéré à Fresnes puis à Rouen. Le 14 août 2008, Damien, qui avait été interpellé le 19 janvier avec Ivan et Bruno, tombe sous le coup de la même procédure. Il est incarcéré à Villepinte. On reproche à Damien, Juan et Isa une tentative de dégradation sur une dépanneuse de la police lors des émeutes post-élections présidentielles.

11 novembre 2008, 10 personnes sont arrêtés, suspectés d’avoir saboté des caténaires SNCF. Le 15 novembre, à l’issu de 4 jours de garde à vue sans sommeil, 9 sont inculpés pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». A trois d’entre eux sera ajouté le chef d’inculpation « destructions en réunion ». Un de ces trois, Julien Coupat sera également inculté pour « direction d’une entreprise terroriste ».

5 d’entre eux (Benjamin, Manon, Gabrielle, Julien et Yildune) sont ensuite incarcérés.

Quels sont les preuves ? Rien, nada. Comme le disent les guignols de l’info : « un comité invisible, des preuves invisibles, des témoins invisibles ».

Le mardi 2 décembre 2008, Benjamin, Manon, Gabrielle sont libérés et placés sous contrôle judiciaire.

Yildune a été ensuite relâché le 16 janvier 2009.

Julien est toujours en prison à la Santé et à Fleury-Mérogis.
Le samedi 24 janvier 2009, 100 personnes ont été interpellés à Barbès dans le XVIIIème arrondissement parisien pour avoir manifester sans demander d’autorisation. 300 personnes s’étaient en effet rassemblés dans le cadre de la semaine « sabotons l’anti-terrorisme » : semaine de soutien aux inculpés de Tarnac et d’ailleurs...

Désormais donc, nous sommes donc un peu tous des terroristes, enfin surtout les sans papiers et les activistes, comme le chante Michel Sardon, bien sûr.

D’une manière plus générale l’année 2008 a été marqué par des opérations policières de grande envergure. De l’invasion de Tarnac le 11 novembre, en passant par la descente dans le collège de Marciac le 19, et l’arrestation musclée de l’ex-rédacteur de Libération Vittorio de Fillipis le 28, on croirait à une campagne de pub .

Mais regardons un peu plus en détails, Michèle Alliot-Marie désigne le plateau de Millevaches comme un « endroit où il est très difficile à la police de mener des inquisitions ». La procureur du Gers rappelle le jeudi 20 novembre dans la Dépêche du Midi que « les établissements scolaires ne sont pas des zones de non droit » .

« zone de non droit » : cette appellation, jadis accolée aux banlieues ou aux quartiers populaires, est aujourd’hui étendue aux établissements scolaires et aux campagnes reculées. Ce n’est pas que la justice y soit impuissante, ni que la police ne puisse y pénétrer, « zone de non-droit » veut dire bien autre chose, « zone de non droit » désigne les lieux où il est difficile pour l’Etat de maintenir un contrôle aussi total que celui qu’il impose dans les centres-villes. Soit que le coût financier ou politique soit trop élevé, soit que les habitants y témoignent une trop grande hostilité. Bref, ces zones sont des espaces où subsistent des interstices, des failles, où une brebis peut perdre ses bagues et finir dans le congélateur d’un voisin, où les cigarettes se vendent à prix détaxés, où des amis peuvent discuter sans l’œil inquisiteur d’une caméra de surveillance braqué sur eux. Des espaces potentiellement différents donc, qu’il va s’agir de maîtriser malgré tout.

Ce sont donc des coups de filets ponctuels autant que médiatiques qui vont suppléer au contrôle permanent. Petit retour en arrière : le 18 février 2008 à 6 heures du matin, près de 1000 policiers du Raid, de l’Office central de répression du banditisme, de la PJ de Versailles et d’Île-de-France lancent une vaste opération sur Villiers-le-Bel, Sarcelles, Gonesse et en Seine-Saint-Denis pour mettre la main sur « une vingtaine d’individus soupçonnés d’avoir été les « meneurs » des émeutes de fin novembre 2007 » (Le Point). A l’époque, la présence de journalistes « embarqués » au sein des unités de police avait déjà fait jaser. Avec l’affaire de Tarnac, il ne fait plus de doute qu’il s’agit là d’un rouage à part entière dans ces opérations.

Selon Benjamin Rosoux, l’un des inculpés de Tarnac, dans Libération : « Le parallèle entre l’affaire de Villiers-le-Bel et celle de Tarnac est assez pertinent sur la façon dont la communication a été orchestrée sur une opération coup de poing [...] Démonstration de force démesurée et présence des médias dès les premières heures. Même volonté de la police de diaboliser, de construire du coupable ». Ces coups de filets sont la base d’une forme de maintien de l’ordre.

Si la plupart de ces opérations font chou blanc : pas de drogue dans les poches des collégiens, aucune preuve compromettante à Tarnac, ni explosif, ni ADN... et de vagues présomptions pour les habitants de Villiers, le dispositif est pourtant opérant. Comme le dit la Procureur de la République d’Auch : « les élèves ont peur de ces contrôles ; ça crée de la bonne insécurité, satisfaisante en matière de prévention. »

Ces « frappes préventives » ont valeur de dissuasion. Des opérations pour l’exemple ! Il n’y a qu’à voir comment, dans les jours qui ont suivi le 11 novembre, tout le monde parlait de Tarnac au passé. La force de ces opérations est avant tout dans leur capacité de persuasion.
Dans un deuxième temps, le message reste : si vous ne marchez pas droit, 150 policiers encagoulés risquent de se pointer à votre porte au petit jour.

De ce point de vue nous appelons toutes et tous, en particulier la jeunesse, à refuser de se laisser terroriser.

Source : bulletin d’information du comité de soutien aux inculpés de Tarnac

http://www.soutien11novembre.org


carrousel

> Flux Podcast Media XML

> Flux RSS Blog XML

Spam Poison

CC - some rights reserved

> newsletter

Ce site a été optimisé avec Bootstrap. En cas de problème, contactez notre webmaster