Quel service public ?

A l’heure de la casse généralisée des services publics, il parait intéressant de réfléchir sur la notion de service public, qui est historiquement en France, du moins depuis la période post seconde guerre mondiale, liée à l’État.

La tendance à gauche est de défendre becs et ongles le service public actuel sans vraiment faire le bilan des services publics en l’état...
La droite, elle, cherche à réduire la part du budget consacré aux services publics.. Les hommes politiques aiment bien légitimer leurs arguments par les pratiques observés dans les pays européens voisins : ça a un coté pratique de d’inspirer du moins disant et aussi le manque de connaissance permet de laisser un voile sur la véracité des rapprochements faits..

Bref, faisons de même, regardons ailleurs.. par exemple la Finlande qui a budget identique (7% du PIB) obtient de bien meilleurs résultats dans l’Éducation... Il n’y a peut-être donc pas qu’une histoire de moyens, qui semble pourtant être le seul débat en France... En Finlande, les élèves ne commencent l’école qu’à 7 ans. Les élèves organisent leur cursus avec l’aide des enseignants (qui sont davantage des guides que des enseignants...). Les élèves en Finlande ne sont pas notés avant 9 ans. Les cours durent 45 minutes et sont tous suivis d’une pause de 15 minutes. La journée scolaire, de 5 h/jour, se termine vers 14-15h...

En 2000, la Filande était classée première, parmi 43 pays, pour ses résultats en lecture (et pourtant la langue finnoise comporte des déclinaisons à 14 cas !), troisième en science et quatrième en math. En 2003, la Filande obtient les meilleurs résultats pour les trois domaines précités et se place en deuxième position pour la résolution de problème (évolution nouvellement introduite).

De quoi faire méditer donc, tout comme nous y amène l’entreprise EDF, service public dans l’énergie. Car posons nous ces questions : Est-ce que ça fait partie de la mission de service public de faire de la publicité pour le chauffage électrique ? Ou encore de ne pas respecter la loi ? Précisons pour cette deuxième question, que plusieurs centrales nucléaires ne sont pas aux normes sismiques mais fonctionnent toujours. Autre exemple, la centrale de Golfech a fonctionné pendant plusieurs années sans autorisation de rejets, etc...

Est-ce que ça fait partie des missions de service public d’être agressif sur la finance international (comme par exemple l’opération de rachat par EDF de British Energy) ? Et d’aller expliquer au gouvernement biélorusse que finalement les retombées de Tchernobyl ne sont pas si graves ? (EDF fait partie avec Areva, le CEA et l’IRSN du CEPN. Il s’agit d’une association qui gère le programme humanitaire européen « CORE » en Biélorussie. CORE veut dire « COopération pour la RÉhabilitation » et comporte un plan pour renvoyer des gens vivre dans les zones qui ont été évacués).

On peut remarquer aussi une grande opacité comptable de la part d’EDF. La Cour des comptes a demandé, en 2005, une plus grande transparence dans le financement du démantèlement des centrales nucléaires et de la gestion des déchets radioactifs.

Il s’agit là de choses qui ont été faîtes par EDF depuis plusieurs décennies, c’est à dire y compris avant sa privatisation. Hélène Gassin (responsable de la campagne Energie de Greenpeace France) estime ainsi que « C’est la taille et la puissance qui font que ça dérive, il n’y a pas de raison que sans contre pouvoir, il y ait un comportement virtueux ».

Ainsi en France, le service public de l’électricité n’est pas à défendre, il est à construire...

Et que faut-il construire ? L’exemple d’Enercoop semble une excellente piste de réflexion...

Enercoop est la première pierre d’un projet plus vaste inventé par les écologistes (dont Greepeace, Biocoop, Hespul, la NEF, le CLER et les Amis de la Terre) pour ne pas se laisser enfermer dans l’alternative capitalisme privé contre capitalisme d’État. Ils ont donc essayé de faire une structure qui soit la meilleure possible dans le domaine de l’électricité, c’est à dire :

  • avec du courant renouvelable fait localement et payé au plus prêt possible du prix coûtant ;
  • la promotion des économies ;
  • un lien le plus directe possible entre la production et la consommation ;
    un fonctionnent démocratique impliquant les citoyens et les collectivités territoriales.

Le projet Enerccop consiste à faire :

  • des coopératives de production d’électricité renouvelable ;
  • des coopératives de fourniture de cette électricité ;
  • La clef de voûte de la construction étant que les consommateurs du courant soient aussi sociétaires des coopératives en question.

Ainsi, on boucle la boucle : les citoyens maîtrisent la chaîne de l’électricité du début à la fin. Le prix du courant est fixé en assemblée générale par les consommateurs qui sont aussi sociétaires (donc copropriétaires) des moyens de production, et, à terme, les fluctuations spéculatives du marché de l’électricité n’ont plus d’influence sur ce circuit. De plus, on se réapproprie en partie la gouvernance, on sort du schéma actuel où on ne peut qu’appliquer les décisions prises à Bercy ou à la Défense.

On entend ici et là des personnes qui ne veulent pas aller rejoindre Enercoop pour ne pas aller dans la logique du marché : c’est une erreur ! Enercoop est une voie alternative à cette logique. De même sont dans l’erreur les personnes qui ne veulent pas rejoindre Enercoop pour ne pas quitter le service public : ce n’est pas en supportant un capitalisme d’État que l’on fait progresser nos valeurs de démocratie...

+ d’infos sur Enercoop : http://www.enercoop.fr/

Source : Silence N°368 (mai 2009)


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